Visite Producteur·ices : TERRE FERME
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BORIS ET CÉLINE – TERRE FERME - Vourey (les champs) Rives (le labo)
Au magasin : Yaourts / Brassés de soja nature ou aux fruits, crème de cuisine au soja, lait de soja
C’est parti pour la tournée d’été 2026 ! Maladie étrange du moment oblige, notre Léa ne sera pas de la partie cette année... On pense bien à elle et on est sûr·es qu’elle aurait ADORÉ cette tournée d’été à 45° cuisson feu intense dans le mini van ! Nous laissons à Grenoble aussi Julie, qui ne peut pas se joindre à nous cette année... Nous partons donc à 7, sur les routes du nord Isère et d’Ardèche à bord de notre super petit van Citiz aka la #PiocheMobile !
Première arrêt : les champs de Boris et Céline à Vourey. On est super excité·es d’aller à la rencontre de celui et celle qui produisent les produits récemment apparus dans nos frigos mais déjà parmi nos chouchous : les yaourts / brassés au lait de soja !

On est aussi ravi·es de pouvoir nous y rendre car ce n’était pas gagné, le couple étant en alerte rouge arrivée de bébé imminente ! C’est donc un Boris au téléphone glissé dans la poche et facilement dégainable que nous rejoignons à Vourey (38) !
Nous voilà donc les pieds dans les champs de soja. Boris nous explique que son exploitation comprend 12 hectares de plants de soja et 30 hectares en tout.
Sans surprise, il nous explique que le manque d’eau s’est fait beaucoup sentir cette année. D’ailleurs, spoiler : l’eau sera au cœur des préoccupation de tous·tes nos producteur·ices visité·es cette année. C'est donc l’occasion de tester les capacités de son sol aux aptitudes filtrantes parfaites mais au fort besoin d’eau... Cette année, les nappes phréatiques sont mises à rude épreuve et la quantité d’eau extraite n’est pas similaire partout, d’ailleurs cela se voit d’une parcelle à l’autre !
Boris n’arrose rien, tout est fait naturellement. Et l’enjeu est fort pour le soja en ce moment, là il faut de l’eau pour remplir les gousses formées ! Heureusement, l'irrigation est moins vitale pour le soja qui est une plante très résiliente, bien plus que le maïs qui est bien en peine partout ailleurs.
Même pour des yeux quasi néophytes, on ne peut que constater que sa parcelle est très belle, propre. Pour Boris, c’est un objectif indispensable : pour avoir du rendement et de la qualité, il faut impérativement prendre soin de sa parcelle. Il n'est d’ailleurs pas peu fier de nous glisser que ses parcelles bio non traitées sont souvent bien plus belles d’ailleurs que celles du voisinage en conventionnel !
On a pas mal de question sur le soja, légumineuse parfois trop méconnue, et Boris y répond volontiers ! Le soja a été importé depuis longtemps en Europe. Les plants montent à 70cm / 80cm de haut et sur chaque plant on trouve une vingtaine de gousses, contenant toutes trois grains par gousses. Dans les champs de Boris c’est la variété Soja Mentor que l’on retrouve, choisie pour sa résistance et sa teneur en protéines. La culture du soja est idéale pour apporter de l’azote à la terre pour les cultures suivantes (comme toutes les légumineuses d’ailleurs).
Les gousses sont très sensibles à l’humidité : elles gonflent et dégonflent rapidement selon le taux d’humidité ambiant.
D’ailleurs la question arrive rapidement : comment sécuriser son activité vis-à-vis du changement climatique ? En tout cas, même si pour le moment Céline et Boris arrivent à trouver des astuces, c’est une question que le duo a bien sûr en tête. Pour le moment Boris pare la problématique en plantant davantage que le besoin : cette année, 12 hectares ont été plantés pour seulement 3, 4 récoltés. Et oui car cette année, pas mal de gousses ont été perdues à cause des très fortes chaleurs, car la fécondation à été très faible !
Comme partout ailleurs et chez tous nos producteur·ices, l’eau est une question primordiale et au cœur de toutes les préoccupations.
Itinéraire Technique du soja
Passons à " l'itinéraire technique du soja", autrement dit, les étapes dans la culture du soja !
Sans une année « classique », le soja se plante en mai et se récolte en septembre.
Le couple possède quasi tout son matériel agricole : tracteur, bineuse, moissonneuse batteuse, etc. Sauf la machine de semence, cette espèce de roue qui pose les graines de façon très régulière. Et d’ailleurs ça se voit ! Les pieds de soja sont vraiment espacés, au millimètre près, en rang d’oignon quoi !
Tout commence par l’implantation de « faux semis » avant mai. Le principe est de déposer un lit de semences, d’attendre la pousse et de virer les premiers adventices (les mauvaises herbes en gros), une sorte de mise à zéro de la terre ! Et puis on attaque les semis, cette année au 22 mai. Rappelez-vous ! L'important ici est de garder sa parcelle propre au maximum ! Et effectivement, les inter-rangs qui laissent passer la bineuse sont nickels et les plants d'environ jusqu’à 15cm sont magnifiques !
L’enjeu à ce stade est d’avoir des gousses bien remplies. Et cela repose sur deux facteurs : la pollinisation et l’humidité / l'eau.
La récolte a lieu fin septembre. La moissonneuse-batteuse passe, ramasse tout mais ne garde que les grains (c’est fou d’ailleurs !). Une fois récoltée, Boris amène sa récolte à sécher, à façon, à Beaurepaire. Il la récupère quelques jours plus tard quand les grains sont à 12% d’humidité (très important pour la qualité du soja) et l’envoie « chez un collègue » au tri, car il est plus facile de trier le soja une fois séché.
Il récupère ensuite tout cela mi octobre, dans des « Big Bag » d’une tonne.
Normalement cette année Boris devrait récolter 2,5 tonnes de soja par hectare soit environ 18 tonnes à l’année !
Quid du chams en lui même une fois le soja récolté ? Boris ne replante pas de soja pendant un bon moment dans ces champs récemment récoltés. Plusieurs options sont alors possibles :
Échange de parcelles avec la ferme du May à côté, après la récolte ici il y aura des vergers ! PS : Pour (re)découvrir notre visite à la ferme du May c’est par ici : LIEN
Ici, pas de monoculture, Boris opte pour la rotation des cultures et plus de diversité des pousses pour éviter les maladies. C'est un projet qui le botte de plus en plus ! Il a maintenant 12 hectares de blé et 1 hectare d’avoine, qu'il vend ensuite à des transformateurs. Il y a peu, il a fait des essais avec du tournesol mais l'essai n'a pas été transformé car le mois de mai a été très froid et pluvieux. Il s'est aussi essayé l’orge brassicole... Et la nouveauté cette année : du seigle et du petit épeautre. En tout cas, la nouvelle n’est pas tombée dans l’oreille de sourd·es : « on veut du lait végétal d’avoine !! » Bien noté !!
« En prairie », jachère naturelle « au trèfle » pendant 2-3 ans, afin de nettoyer la parcelle, restituer de l’azote : de quoi préparer le terrain de façon optimale et naturellement.
On questionne un peu Boris sur les difficultés, mis à part la grande question de l'eau, qu'il peut rencontrer.
Notre hôte nous parle de la pression concurrentielle agricole importante. Pression qui le pousse à rechercher comment se démarquer et dégager de la valeur ajoutée. Sinon, l’autre possibilité est de grossir, agrandir son exploitation mais lui n’a pas cette envie.
Boris est fils d’agriculteur·ices qui avaient un élevage bovin en bio à Verdun (la ville pas la place ;) ). Après des études d’histoire, il a attaqué une formation agricole et de fil en aiguille, Boris a été 11 ans à Mangez Bio Isère, au tout début de son histoire.
Puis en 2023, le couple s'installe et montent leur exploitation. Avant, dans le coin, c’était une « terre de maïs », puis Nicolas Blachet, un agriculteur, s’y est installé il y plusieurs années est a eu l’idée, le flair et le panache de ramener ces terres en bio et de dire ciao à la monoculture ! C’est ces mêmes terres qu’il a cédé à Boris !
En 2026, Céline devient salariée – d’ailleurs l’objectif à court terme est d’embaucher un·e autre salarié·e. Pour le moment donc le couple fait tout à deux, de A à Z, depuis les champs jusqu’au pot de yaourt végétal.
L’envie de faire bien est partout ici !
Et d’ailleurs Boris n’est pas peu fier d’affirmer que Terre Ferme est le SEUL YAOURT FERMIER VÉGÉTAL EN FRANCE !!! Et ça... Ça claque !
Boris termine sur ce joli finish et nous promet de nous raconter la suite de son parcours quand nous serons sur le lieu de transformation !
Le teasing a fonctionné, nous remontons fissa dans notre Pioche Mobile et partons des champs pour se diriger vers son labo. D’abord à Terre puis à Ferme quoi ;) !
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On suit donc la camionnette de Boris quelques dizaines de minutes pour arriver à RIVES : « Quand on arriiive à Riiives ».
Nous voici donc dans le lieu de transformation, là où il et elle passent 80% de leur temps ! Et oui Jamie !
Boris, maître du story telling continue donc de nous narrer son parcours et le pourquoi de son installation ici, dans le pays voironnais. Et ça tombe bien, on a plein de questions pour lui !
Pourquoi les yaourts de soja ? Boris comment par nous expliquer le choix de dire non pour reprendre la ferme familiale. Choix qui a été plutôt simple à faire au regard des trop grandes contraintes liées à l’élevage ne laissant pas la possibilité de gérer seul son exploitation. Or, il n’avait plus l’envie de collectif après l’avoir côtoyé et expérimenté dans quelques GAEC (Sainte Luce, Thicaud... via Mangez Bio Isère). Et puis, il trouve le procédé du yaourt magique tout simplement : il est vraiment fier de transformer ce qu’il produit. Alors le choix est fait : il fera du yaourt végétal !
Et pourquoi le soja ? Ben... Parce que ça pousse ! C’est en fait la principale légumineuse utilisée dans les préparations végétales.
2019 : les premiers essais de fabrication de yaourt à la ferme Sainte Luce. Au début en duo avec une autre personne, pendant un an sur une petite machine « pas bien plus grosse qu’un blinder ».
2020 : Évidemment le Covid pointe le bout de son nez pour tout chambouler mais permet tout de même à Boris de peaufiner tout le projet.
2022-2023 : Stage dans un plus gros groupe, qui assoit son expertise et affine ses connaissance.
2024 : 1ère commercialisation des yaourts ! Ah et en même temps, pour faire simple, le couple construit sa maison !
L’activité est donc lancée, sans aucune bibliographie, en apprenant sur le tas avec leurs bases d’agronomie !
Et puis, on teste, on essaie, on fait !
Au début de l'aventure, l'activité se consacre à la restauration collective. Ce marché là Boris le connaît grâce à son passé à MBI et répondre à la demande est facile : commandes régulières et en seau ! Mais il faut ensuite développer ce marché. Et c’est là le plus gros défi pour le duo : faire du lait d'accord mais il faut maintenant le commercialiser ! Et, on peut le voir comme ça : créer le besoin de consommer un yaourt fermier végétal. Le couple met ses billes sur une hypothèse de marché, alors que le secteur du végétal et, encore plus du soja, est difficile à démystifier. D’ailleurs quand l’activité a démarré le duo était clairement regardé de travers par les autres agriculteur·ices du coin, un peu soupçonné d’introduire un « produit végétal » pour « remplacer le vrai lait ». C’est toujours un peu le cas d’ailleurs.
Le terrain sur lequel est construit leur labo appartenait à des ami·es d’ami·es (Max et Arlette, que l’on croise en voiture en venant d’ailleurs !), où ces dernièr·es produisaient du St Marcellin et des fromages de 1998 à 2019. Le lieu, Rives, est très stratégique car au centre de grands axes routiers et proches de grandes villes : Valence, Grenoble, Chambery, Lyon...
Boris nous fait donc le tour de son atelier, en commençant par nous montrer les fameux Big Bags pleins de graines de soja ! Déformation professionnelle oblige, on se pose la question des bébétes : ces sacs ne sont-ils pas attaqués ?? Et non ! Le soja est en fait peu appétant pour les insectes et leurs consorts pourtant si souvent ombres au tableau des récits de nos producteur·ices.

Avec 1 tonne de soja, Boris réalise 5 tonnes de yaourts végétaux (oui on doit dire brassé et pas yaourt mais roooh... flûte !), soit 30 tonnes dans l’année, 600kg semaine, 350g seaux, 200kg yaourts, soit environ 350 pots par semaine et dont 60 pots pour La Bonne Pioche !
Notre guide nous laisse ensuite entrevoir son bel atelier, fait sur mesure ! Ça aide d’avoir à domicile une soudeuse, car c’est le métier d’origine de Céline ;).
Allez, on suit la graine de soja qui sort de son Big Bag !
Les graines sont dépelliculées (perte d’environ 15% de la masse), puis mises à tremper toute la nuit. À 5h du matin Boris vient retirer du trempage et rincer. La graine est ensuite broyée et tombe dans un pasteurisateur (grosse marmite pouvant contenir 260 litres), mélangée avec 80% d’eau, pendant 1h à 95°.
C’est en fait le principe du bon vieux bain-marie !
Ensuite, une pompe vient filtrer le soja en le séparant de son liquide / lait. La matière restante s’appelle l’okara. Bien que produit très intéressant, celui-ci ne peut pas être valorisé facilement car chargé d’humidité et donc très vite sujet à la fermentation ! Le mieux qu’il puisse faire pour le moment : le donner à ses cochons.
Le lait filtré est redescendu à 60° puis mis en chambre froide. C’est le moment idéal pour nettoyer l’atelier. Le lait passe à 55°, puis à 40°. Les ferments sont ajoutés et le tout est mis à l’étuve à 40° (c’est ici que les huiles essentielles sont potentiellement ajoutées, notamment pour le yaourt au citron). Dring dring : à 17h la mixture devient yaourt !
Le lendemain, pour les brassés aux fruits, la préparation est brassée en incorporant la purée de fruits et le sucre. Tout est ensuite dispatché à froid dans des seaux ou des pots !
Pour la crème dessert au chocolat, pas de fermentation ! Sont rajouté·es de la farine de caroube et de l’amidon de maïs pour épaissir. Le mélange est monté par la suite à 95° puis du cacao maigre et des pépites de chocolat sont ajouté·es. Une fois que le tout est redescendu à 60°, place à la mise en pot !
Et pour la crème de cuisine : la base est la même que pour le yaourt mais sont ajouté·es de l’huile de tournesol et de la caroube.
En parlant de pot, on l’interroge sur la réutilisation de ces derniers, qu’il lave sur place ! En tout un pot en verre lui coûte environ 60centimes neuf (achat et étiquettes). Avec 25%, 30% de retour sur ses pots, Boris est très content du système !
Et côté condition de travail ?
Céline est salariée et Boris commence depuis peu à se rémunérer mais il est encore à environ 70h par semaine. Pas de fierté ici ou de résignation, il aspire vraiment à diminuer ce taux de travail trop impactant sur sa santé et sa vie de famille. Les 2/3 de leur activité relève de la transformation, de la commercialisation et de la livraison !
Des projets ? Plein la poche !
D’abord du lait de soja en bouteille d’un litre consignée (bientôt dans nos frigos ;) ! ), de la crème dessert vanille, des tartinables type « boursin » et même... Des muffins (avec leur farine) chocolat et fruits rouges ! :D
On repart des étoiles plein les yeux, des nouvelles connaissances plein la tête et une grosse envie de faire de la place dans nos frigos pour accueillir les nouveaux produits incroyables de Boris et Céline !
Et pssst : à l’heure où sont écrites ces lignes, bébé est arrivé ! Félicitations à Boris et Céline <3
Visite producteur·ices 2026, le 13/08/2026
Elsa, Florian, Jérôme, Luc, Margot, Matthias et Rodolphe.





















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